Le jeudi 28 Av, 25 août, a été marqué le 50e anniversaire du décès du Rav David Cohen, appelé le Nazir, dont la personnalité singulière était légendaire dans le monde religieux d’Israël. Il était à la fois un penseur et un érudit dans l’étude du Talmud, de la Kabbale et de la philosophie, et comptait parmi les plus éminents disciples du Rav Abraham Yitshak Kook, considéré comme l’un des pères fondateurs du sionisme religieux contemporain.
Le Rav David Cohen est né en Eloul 5647 (septembre 1887) à Mishigala (Maišiagala), près de Vilna où vivait, jusqu’à la Shoah, une grande communauté juive. Son père, Yosef Yuzpa Hacohen, rabbin de la ville, était lui-même le fils du Rav Zecharia Mendel Hacohen Katz, rabbin de la ville de Radin (Raduń).
Dès l’âge de sept ans, le Rav David Cohen a commencé à étudier la Guemara et il s’est souvenu, bien plus tard, qu’il était déjà en mesure de résoudre des questions auxquelles des élèves plus âgés que lui étaient incapables de répondre.
A l’âge de neuf ans, le jeune prodige a quitté le domicile de ses parents pour aller étudier à Radin chez son grand-père. Malheureusement, ce dernier est décédé l’année suivante, ce qui a causé un grand chagrin au jeune garçon.
David est alors retourné vivre chez son père, qui se trouvait alors dans la ville de Konotop, en Ukraine, et a commencé à étudier dans une yeshiva créée par le cousin de son père, originaire de Lituanie.
Vers l’âge de 14 ans, il a été amené à étudier à la Yeshiva de Volozhin. Parallèlement à l’étude de la Torah, il s’est mis à lire des ouvrages dont les auteurs étaient des adeptes du mouvement de la Haskala*. En 1903, à l’âge de seize ans, il a commencé à s’intéresser au mouvement du Moussar** et à écrire des notes et des articles sur des sujets divers.
En 5667 (1906) il s’est rendu à Kovno pour se préparer au baccalauréat du gouvernement russe, qu’il passait en externe. Il a alors souffert gravement de pauvreté. Il est rentré l’année suivante chez ses parents à Konotop sans avoir terminé ses examens et a été admis comme enseignant dans un Talmud Tora. En 1909, il a entamé des études à l’Académie des Sciences du Judaïsme du baron de Günzburg à St Pétersbourg.
Trois ans plus tard, il a continué son cursus universitaire à Fribourg. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, en 1914, il a été expulsé d’Allemagne et a poursuivi ses études à l’Université de Bâle en Suisse où il a préparé un doctorat en philosophie. C’est au cours de cette période qu’il a fait la connaissance du Rav Avraham Yitzhak Kook dont il est devenu par la suite le fidèle et dévoué disciple. Cette rencontre a changé le cours de sa vie.
Après la guerre, le Rav David Cohen a immigré en Israël et a commencé à étudier à la Yeshiva Merkaz Harav de Jérusalem. Il a également entrepris l’édition des écrits du Rav Kook pour mettre clairement en lumière les principes philosophiques de son maître.
Il a épousé sa cousine, Sarah Atkin, fille du rabbin H’anoh’ Atkin, et le couple a eu deux enfants. Sa fille Tsafia, éducatrice et présidente du mouvement Emouna, (1925-2008), s’est mariée avec le rabbin Shlomo Goren (1918-1994), qui est devenu plus tard aumônier général de Tsahal puis grand rabbin ashkénaze d’Israël. Son fils, le Rav Shaar Yashouv Hacohen (1927-2016), était le grand rabbin de Haïfa.
Sa vision du monde a été grandement influencée par le monde ésotérique. Il avait décidé de ne pas boire de vin et de ne pas se couper les cheveux, était végétarien et observait un grand silence, surtout le Shabbat et pendant les quarante jours entre Eloul et Yom Kippour. C’était un érudit, non seulement dans les matières juives mais également en philosophie et parlait de nombreuses langues.
Le journaliste israélien Yaïr Sheleg lui a consacré un article dans l’hebdomadaire Makor Rishon, retraçant les grandes lignes de sa vie. Il a notamment rappelé que ‘depuis que la partie orientale de Jérusalem, comprenant notamment le Kotel et le Mont du Temple, était tombée entre les mains des Jordaniens lors de la Guerre d’Indépendance, il avait fait un nouveau vœu, s’engageant à ne pas sortir de chez lui tant que Jérusalem ne se retrouverait pas sous souveraineté israélienne’. A trois reprises, il a été contraint de rompre son vœu, pour des raisons familiales, et a alors organisé une ‘annulation temporaire’ de son engagement. « Ce n’est que 19 ans plus tard, ajoute Yaïr Sheleg, lorsque la ville a été libérée, qu’il a pu enfin être délivré de ce serment ».
Le Rav David Cohen est décédé le 28 Av 5732 (1972) à l’âge de 84 ans. Il a été enterré au cimetière du Mont des Oliviers, Har Hazeitim, à Jérusalem.
*La Haskala est un courant de pensée adopté par les Juifs ashkénazes du XVIIIe et du XIXe siècle qui s’inspirait grandement du ‘mouvement des Lumières’. Avec l’arrivée de la Haskala au sein des communautés juives de la diaspora s’est opérée une ‘modernisation’ de la pensée juive. Elle avait notamment pour objectif de propager l’enseignement des sciences, de la philosophie et de la littérature. Elle proposait également des réformes de l’éducation traditionnelle, ce qui provoqua l’opposition de certains groupes de Juifs religieux et de leurs dirigeants.
** Le mouvement du Moussar, fondé par le rabbin Israël (Lipkin) de Salant en Europe de l’Est au milieu du 19ème siècle, avait pour vocation l’éducation éthique en vue d’une amélioration des qualités humaines et de la conduite morale.